La dystonie généralisée à apparition précoce

La dystonie est un trouble neurologique qui se caractérise par des contractions musculaires incontrôlables donnant lieu à des postures involontaires. Ces postures peuvent être accompagnées de mouvements rythmiques et de mouvements de torsion et peuvent ressembler à des tremblements. L’expression « dystonie généralisée » désigne la dystonie qui n’est pas localisée dans une seule région du corps, mais une dystonie qui touche plusieurs groupes musculaires du corps. De façon caractéristique, la dystonie généralisée touche les muscles du torse et des membres et parfois le cou et le visage. Les personnes atteintes ont de la difficulté à faire bouger leur corps librement et à en contrôler les mouvements. Il est important de souligner que la dystonie ne cible pas des organes vitaux comme le cœur. En règle générale, la dystonie généralisée commence à se manifester pendant l’enfance ou l’adolescence, souvent sans autres symptômes neurologiques. Les symptômes initiaux peuvent être la torsion ou l’inversion d’un pied ou d’une jambe. Toutefois, la dystonie chez les enfants peut être liée à d’autres diagnostics neurologiques ou métaboliques plus complexes. La dystonie généralisée peut survenir avec ou sans antécédents familiaux. Les symptômes peuvent être toujours présents ou se manifester par épisodes.

Existe-t-il différents types de dystonie généralisée?

La dystonie généralisée à apparition précoce (DYT1/TOR1) - De façon générale, la dystonie commence vers l’âge de 10 ans et se manifeste par la torsion d’un pied ou d’un bras. Les symptômes ont tendance à progresser pour s’étendre à d’autres membres et au torse, excluant habituellement le visage et le cou. Dans de rares cas, les muscles des cordes vocales sont touchés. Plus les symptômes se manifestent et apparaissent tardivement dans une main ou un bras, moins les symptômes tendent à être graves. Environ 30 % des personnes qui ont la mutation génétique DYT1 développeront la dystonie. Si la personne ne manifeste pas de symptômes avant l’âge de 28 ans, elle demeurera habituellement asymptomatique pour le reste de ses jours, même si elle a la mutation DYT1. On attribue à la mutation génétique DYT1 environ 90 % des cas de dystonie généralisée à apparition précoce chez les personnes de descendance juive ashkénaze et jusqu’à environ 50 % des cas de dystonie généralisée à apparition précoce dans d’autres groupes ethniques.

La dystonie généralisée qui apparaît à l’adolescence (DYT6/THAP) - La mutation génétique DYT6 peut se manifester comme dystonie généralisée ou comme dystonie focale dans une partie précise du corps. Bien que les symptômes puissent ressembler à la dystonie DYT1, l’apparition de la dystonie DYT6 survient habituellement à la fin de l’adolescence et les symptômes sont plus susceptibles de se manifester au-dessus du cou. Ordinairement, les symptômes touchent les muscles de la langue, des cordes vocales et du visage. Les personnes atteintes ont souvent de la difficulté à parler. Environ 40 % des personnes qui ont la mutation seront atteintes de dystonie. Il est possible d’effectuer des tests pour vérifier la présence des mutations génétiques DYT1, DYT6 et d’autres gènes de la dystonie. Les familles peuvent consulter un conseiller en génétique pour connaître les tests génétiques appropriés.

Les symptômes

Parmi les symptômes de la dystonie généralisée, mentionnons les suivants :
• les postures de torsion, par exemple le torse ou les membres;
• un pied ou un bras tourné vers l’intérieur;
• des spasmes musculaires, avec ou sans douleur;
• la marche inhabituelle avec le torse penché et en torsion;
• des mouvements saccadés rapides, parfois rythmiques (souvent des « soubresauts myocloniques »);
• la progression des symptômes qui s’étend à des régions du corps qui demeurent dans des postures soutenues ou fixes.

Souvent les symptômes se manifestent tout d’abord dans une région du corps et s’étendent à d’autres régions. Des facteurs comme l’âge et la partie du corps où les symptômes commencent à se manifester jouent un rôle important en ce qui a trait à leur progression. Plus l’âge d’apparition est jeune, plus les symptômes dystoniques sont susceptibles de se manifester dans une jambe, de monter vers d’autres parties du corps avec la possibilité de devenir généralisés. Toutefois, si les symptômes commencent à se manifester dans le bras ou le cou, la progression à d’autres parties du corps est peu probable. L’âge d’apparition varie, mais la période de pointe se situe entre l’âge de sept ans et dix ans. Les symptômes progressent alors et se stabilisent à l’intérieur d’une période de cinq ans.

En règle générale, les symptômes se manifestent à l’occasion d’une action précise et ne sont pas présents lorsque la personne est au repos. À titre d’exemple, si les symptômes se manifestent tout d’abord dans une jambe, ils peuvent être présents uniquement lorsque la personne marche et disparaître lorsque la personne court ou marche à reculons.

Dans le cas de la dystonie généralisée qui se manifeste tout d’abord dans le bras, les symptômes peuvent être liés à une fonction, c’est-à-dire qu’ils sont apparents uniquement pendant des activités précises comme écrire ou jouer d’un instrument de musique. Si le trouble progresse, les symptômes de la dystonie du bras peuvent apparaître lorsqu’une autre partie du corps participe à l’activité motrice volontaire. Si la dystonie s’étend à d’autres parties du corps que celle où elle est apparue, elle se déplacera tout d’abord aux segments adjacents pour ensuite aller vers des parties plus éloignées du site où les symptômes ont commencé.

En règle générale, la dystonie est présente de façon continue tout au long du jour à chaque fois que la partie du corps touchée est utilisée et peut disparaître pendant le sommeil.

Les caractéristiques comme les facultés cognitives, la force et les sens, notamment la vue et l’ouïe, sont normaux. Bien qu’il s’agisse d’un trouble chronique, il n’est pas mortel.

Mauvais diagnostics courants

Il ne faut pas confondre les symptômes de la dystonie généralisée et les maladies et affections suivantes :
• la maladie de Parkinson;
• les tremblements;
• la paralysie cérébrale;
• les affections orthopédiques et structurelles;
• les troubles de comportement et les maladies mentales.

La cause

La plupart des personnes, mais pas toutes, qui sont atteintes de dystonie généralisée à apparition précoce ont une mutation génétique particulière. Le gène responsable de la dystonie généralisée à apparition précoce, appelé le gène DYT1, a été découvert en 1997. Cette forme de dystonie généralisée à apparition précoce peut être appelée dystonie DYT1 ou dystonie d’Oppenheim. (Les formes de dystonie généralisée qui touchent les enfants qui n’ont pas la mutation génétique DYT1 peuvent simplement être appelées dystonie généralisée à apparition précoce non DYT1.)

La dystonie DYT1 est une dystonie héréditaire de transmission autosomique dominante. Cela signifie que pour développer les symptômes, une personne peut recevoir la mutation d’un seul parent. Pour des raisons que les scientifiques ne comprennent pas encore, environ 30 % des personnes qui héritent de la mutation génétique DYT1 seront atteintes de dystonie. Cela veut dire que les symptômes ne se manifesteront jamais chez 70 % des personnes qui héritent de ce gène anormal. Si une personne hérite de la mutation DYT1, mais ne manifeste pas de symptômes à l’âge de 30 ans, il se peut que les symptômes ne se manifestent jamais. Il n’existe aucune manière de prédire si une personne qui a le gène anormal manifestera les symptômes de ce trouble. De même, la gravité peut varier de façon marquée d’une personne à une autre, y compris les personnes au sein d’une même famille.

La mutation génétique DYT1 peut également être appelée une « absence du gène GAG », désignant la partie précise de l’ADN qui est absente. Les chercheurs ne connaissent pas encore la manière exacte selon laquelle le gène anormal cause la dystonie et fait l’objet de d’efforts de recherche importants.

Dans le cas des personnes atteintes de dystonie généralisée à apparition précoce qui n’ont pas la mutation génétique DYT1, on suppose que la cause soit primaire, ce qui signifie qu’il y aurait une composante génétique qui n’a pas encore été identifiée. Les formes secondaires de dystonie généralisée, comme la dystonie qui accompagne la paralysie cérébrale, peuvent aussi se manifester dans l’enfance.

Diagnostic

Le diagnostic de la dystonie généralisée à apparition précoce n’est pas établi au moyen d’un seul test déterminant. Il se fonde plutôt sur des renseignements fournis par la personne atteinte et sur l’examen physique et neurologique. Dans la plupart des cas divers tests de laboratoire sont normaux et sont utilisés pour exclure d’autres troubles ou maladies.

Il est possible d’effectuer un test génétique pour dépister la mutation génétique pour confirmer un diagnostic de dystonie DYT1.

Traitement

Les médicaments oraux sont souvent le pilier du traitement de la dystonie généralisée à apparition précoce, tant la dystonie DYT1 que la dystonie non DYT1. Bien qu’il n’existe pas de médicament unique pour aider un nombre considérable de personnes, plusieurs peuvent être bénéfiques. Parmi ces médicaments, mentionnons la lévodopa, le trihexyphénidyle, la benzatropine, le diazépam, le lorazépam, le clonazépam, le baclofène (par voie orale et intrathécale, particulièrement pour la dystonie et la spasticité), la carbamazépine, la tétrabénazine (avec lithium) et la trithérapie, semblable à un « cocktail » composé de tétrabénazine, de fluphénazine et de trihexyphénidyle.

Les injections de toxine botulique peuvent être utilisées pour traiter des parties du corps qui peuvent être touchées, comme le cou, la mâchoire, les mains ou les pieds.

Plusieurs techniques chirurgicales peuvent être appropriées pour certaines personnes qui ne répondent pas aux médicaments et aux injections de toxine botulique. Parmi ces interventions chirurgicales ablatives, mentionnons la pallidotomie et la thalamotomie, le baclofène intrathécal et la stimulation cérébrale profonde.

Des thérapies complémentaires peuvent être explorées, plus particulièrement la physiothérapie, la physiothérapie aquatique et la pratique régulière de techniques de détente.